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Coryza

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Il y a quelques semaines, j’écrivais un titre plutôt accrocheur qui annonçait que le coryza était une maladie qui n’existait pas.  Bien sûr, tout de suite après, je développais mes propos, en précisant que ce qui était actuellement incorrect était l’utilisation du « terme » coryza, et non pas le fait de nier l’existence des maladies respiratoires du pigeons, bien au contraire.

 

Grâce à la première partie de cet article, vous savez maintenant que ce terme « coryza » est un terme générique et imprécis qui n’a plus sa place à l’heure actuelle dans le jargon vétérinaire.

 

Mais si nous n’utilisons plus le terme coryza, quelles sont les causes de tous ces problèmes respiratoires chez nos pigeons, très souvent considérés, et à juste titre comme un des soucis majeurs de santé, influençant donc les prestations de nos pigeons au concours ?

 

Et bien elles sont excessivement nombreuses. De cette problématique très complexe, je vais essayer d’en retirer, de la manière la plus simple possible, quelques points clefs, mais qui ne pourront pas être exhaustifs dans le cadre d’un seul article.  Vous vous rendrez compte que vous connaissez la plupart de ces problèmes. En effet, je ne réinventerai pas la médecine dans cet article. Je vais juste tenter de rendre tout cela un peu plus clair.

 

Pour commencer, il me paraît impossible de discuter des maladies respiratoires sans un rappel anatomique et physiologique rapide du système respiratoire du pigeon.

 

Les voies respiratoires du pigeon sont composées des narines,  des cavités nasales, des sinus, de la gorge, de la trachée, des poumons, ainsi que des sacs aériens. Ces derniers sont souvent peu connus car ils sont spécifiques aux oiseaux. Ils sont au nombre de 8 ou 9 en fonctions des espèces d’oiseaux.  Ce sont donc des « poches d’air » présentes à de nombreux endroits du corps, ayant un double but : le premier  que tout le monde connaît plus ou moins, c’est-à-dire donner une certaine légèreté aux oiseaux. En effet, avoir des poches remplies d’air à l’intérieur du corps va permettre d’alléger l’oiseau et donc de faciliter le « vol ». Mais ces sacs aériens ont également un 2ème rôle, moins connu et plus complexe à expliquer : permettre  une respiration optimale, c’est-à-dire un passage optimal de l’oxygène des poumons dans le sang, tant à l’inspiration qu’à l’expiration. Le système est très complexe, mais ce qu’il faut en retenir, c’est que lorsqu’un « homme » inspire (c’est-à-dire remplit ses poumons d’oxygène), ce sont ses poumons qui vont se remplir d’air. Lorsqu’il expire, ses poumons vont donc se vider de l’air. A ce moment précis, à la fin de cette expiration, vous l’aurez compris, le transfert d’oxygène est beaucoup moins efficace, car les poumons contiennent très peu d’oxygène.  Nous en avons déjà tous fait l’expérience. Gonflez vos poumons, retenez votre respiration le plus longtemps possible, et chronométrez le temps que vous réussissez à tenir.  Recommencez la même expérience avec les poumons vides (après l’expiration). Vous vous rendrez très vite compte par vous-même de la différence.  Vous aurez donc compris le principe. 50% du temps, notre fonction respiratoire n’est pas optimale. Et bien le pigeon n’a pas ce problème. En effet,  lorsqu’il inspire, ce sont ces sacs aériens, et non ses poumons qui se gonflent. A l’expiration, ce sont ceux-ci qui se vident. Sans rentrer dans les détails compliqués, ce système permet aux pigeons d’avoir durant 100% du temps de l’air riche en oxygène dans les poumons. Et avoir donc un avantage d’oxygénation qui leur permet donc d’assurer un effort, de vol ici en l’occurrence, plus conséquent qu’un mammifère pourrait réaliser dans pareilles circonstances. Cette particularité anatomique et physiologique, étant donc un réel point fort pour nos pigeons, s’avère également, comme souvent, être un potentiel point faible.  En effet, tous ces sacs aériens sont des poches d’air où les potentiels agents infectieux peuvent trouver un endroit très propice pour se développer. Notre système immunitaire ainsi que des éventuels médicaments ont beaucoup de mal à atteindre les différents agresseurs.

  Tout le long de ce système respiratoire, les parois de ces organes sont composées d’une couche appelée « muqueuse ». Le rôle de la muqueuse respiratoire est de servir de « barrière » de protection contres les différents agents infectieux. Elle joue un peu le même rôle que la peau à l’extérieur, c’est-à-dire une barricade de protection contre les agresseurs.

Cette description « simpliste » du système respiratoire des oiseaux est importante à rappeler avant de pouvoir aborder les points suivants.

 

Nous pouvons donc maintenant commencer à décrire l’ensemble des causes des troubles respiratoires du pigeon.

Alors donc, concrètement, quels sont les ennemis des voies respiratoires de nos pigeons ?

 

1) La poussière.

 

Alors là, je suis certain que je ne vous apprends rien. La poussière est d’ores et déjà un problème évident. Quand je rentre dans un pigeonnier, et que cela sent le pigeon, c’est déjà un problème. Cela a déjà été dit, redit, et reredit. Ce qui a été moins expliqué c’est pourquoi et comment cela pose problème.  Alors donc posons-nous la question : pourquoi est-ce un problème ? La raison est en fait très simple. Je viens de vous parler de la « muqueuse » respiratoire, comme étant la barrière qui permet de protéger le pigeon contre les différents agresseurs infectieux. Et bien la poussière, que ce soit les plus grosses particules ou les plus fines (qui ont tendance à descendre plus bas dans l’appareil respiratoire) va venir agresser et irriter la muqueuse respiratoire.  Pour imager, elle va venir attaquer la barricade et ouvrir des brèches dans celle-ci. Une fois ces brèches ouvertes, le risque qu’un autre problème, dont on parlera plus tard (bactérie, virus, etc), réussisse à passer la barrière de la muqueuse sera plus important. Vous l’aurez compris, tout ceci est très logique.  Reprenons notre exemple : la poussière crée une brèche dans la barrière de protection, des bactéries s’engouffrent dans la brèche, créent une infection des voies respiratoires. Nous soignons alors ceci avec un antibiotique, ce qui détruit la bactérie et résous le problème. Le pigeon va mieux, il recommence à faire des prix. Mais problème, la brèche est toujours présente, et à la première occasion, un autre pathogène pourra se réengouffrer dans la brèche et recommencer à créer des problèmes. Et ainsi de suite, ce cycle peut se continuer comme cela durant toute la saison vous l’aurez compris. Nous sommes dans le cas classique où le colombophile ne fait pas de prix, on réalise un traitement antibiotique, les prix reviennent, mais 2 à 3 semaines plus tard, c’est déjà terminé. Situation qui arrive au final assez souvent, et pour laquelle beaucoup trop de colombophiles arrivent à la conclusion que la solution à leur problème est de donner un antibiotique toutes les 2 semaines. C’est une mauvaise solution. Toute personne sensée préférerait boucher les brèches plutôt que de les nettoyer toutes les 2 semaines.  Cependant, attention, la poussière n’est bien sûr pas le seul problème à « favoriser » les infections par des agents pathogènes.  Il y en a malheureusement beaucoup d’autres.

 

2) Les courants d’air

 

Je passerai très vite sur ce point, car je pense que tout le monde parmi vous a déjà expérimenté lui même le résultat d’être resté trop longtemps en plein courant d’air. Et oui, en effet, comme pour la poussière, le courant d’air sur une longue période provoque une diminution de l’efficacité de l’immunité, et donc prédispose aux infections.

 

3) Surpopulation

 

On ne le répétera jamais assez, trop de pigeons dans un petit espace, augmente  la poussière, diminue la qualité de l’air, et donc augmente la quantité de renouvellement d’air nécessaire.  Tout le monde le sait, mais beaucoup font encore l’erreur de vouloir garder tel ou tel pigeon (qui n’a fait aucun résultat) car on ne sait jamais… Et donc augmente le nombre de pigeons par rapport à ce qui était prévu initialement, et cela au détriment de la santé de tous.

 

4) L’immunité déficiente du pigeon

 

On le sait tous, les hommes ne sont pas égaux devant la santé. Certains d’entre nous ont tendance à tomber tout le temps malade, faire la grippe chaque année, etc. Alors que d’autres personnes ne tombent jamais malade.

Chez  le pigeon, c’est la même chose. Les pigeons ne sont pas tous égaux devant la santé. Certains sont très résistants. Et d’autres ont tendance à attraper tout ce qui passe comme maladie (surtout dans les paniers). Posséder une souche de pigeons plus fragiles au niveau santé prédisposera aux problèmes respiratoires.

 

5) Les virus

 

Au même point que chez l’homme, un rhume ou une grippe sont des virus respiratoires, il existe la même chose chez le pigeon, des troubles respiratoires créés par des virus. Le virus respiratoire le plus connu étant certainement l’herpesvirus qui une fois le pigeon infecté, est susceptible de refaire des poussées durant toute la vie. Un peu comme un bouton de fièvre chez l’homme (qui est aussi un herpesvirus, et a donc le même mécanisme).  La plus forte poussée sera souvent  chez les pigeonneaux chez qui des problèmes respiratoires très contagieux vont se déclarer. Il peut également apparaître  éventuellement des petites membranes jaunâtres dans la gorge. Ensuite, le pigeonneau passera au-dessus de la maladie et ira mieux. Non pas grâce à un antibiotique, mais bien grâce à son propre système immunitaire. Ensuite, la particularité d’un herpevirus est que le pigeon restera porteur toute sa vie, et à chaque stress, fatigue, .., le virus refera une petite poussée, certes moins forte que la première mais qui pourra néanmoins diminuer un petit peu les capacités du pigeon. Ce ne serait pas l’idéal en plein milieu de la saison. D’autres virus du même type peuvent affecter les voies respiratoires du pigeons, avec chaque fois en point commun, le fait qu’aucun médicament n’est directement efficace contre ce virus, mais que c’est le pigeon lui-même qui doit surmonter le problème.

 

6) Les mycoplasmes

 

Les mycoplasmes sont des agents pathogènes un peu particuliers connus depuis moins de temps que les virus ou les bactéries. C’est une sorte de bactérie qui ne possède pas de paroi cellulaire. Le mycoplasme peut créer des lésions respiratoires, mais vu son absence de paroi, possède donc des caractéristiques qui le rendent insensibles à certains antibiotiques. Ils sont difficiles à diagnostiquer et demande souvent un test spécifique pour leur détection. Néanmoins, il existe un traitement. Certains antibiotiques comme le tylan® ou le suanovil® sont efficaces contre cet envahisseur.

 

7) Les chlamydias

 

 Les chlamydias sont une sorte de bactéries mais vivant à l’intérieur des cellules de leur hôte. Là, elles sont particulièrement bien à l’abri du système immunitaire.  Elles sont bien connues des colombophiles, sous le noms de la maladie qu’elle provoque : « l’ornithose ».  L’ornithose est trop souvent utilisée à tort ou même auto-diagnostiquée à tort par les colombophiles, dès qu’un problème respiratoire se profile à l’horizon. Pour avoir un diagnostic de certitude quant à la présence d’ornithose, il existe un test où l’on recherche dans un écouvillon prélevé sur le pigeon, l’ADN de la chlamydia. Si l’ADN est trouvé, la chlamydia est présente. Dans ce cas, le traitement passera par un traitement à base de doxicycline, mais attention, en cas d’infection avérée d’ornithose, le traitement devra être très long. On considère qu’un traitement d’un mois sera nécéssaire pour essayer d’évacuer toute trace du problème.  Oui, vous avez bien entendu 1 mois. Ceci explique encore un peu mieux la nécessité de réaliser le test en cas de doute. En effet, quelle personne logique réaliserait un traitement antibiotique durant 1 mois sans être certain que ses pigeons sont positifs ? Et puis dans l’autre sens, traiter, mais pas assez longtemps, ne résous pas le problème complètement et laisse libre place au portage chronique, à éviter à tout prix.

 

8) Les bactéries.

 

Agent infectieux connus de tous, les bactéries peuvent également créer des problèmes respiratoires. En fonction du lieu où elles attaqueront, elles créeront des sinusites, des rhinites,  ou même des pneumonies ou des aerosacculites (infection des sacs aériens).

Plusieurs bactéries différentes peuvent créer des problèmes : Staphyloccoques, pseudomonas, E. coli, etc.. Ces bactéries se composent de bactéries toujours pathogènes (c’est-à-dire des bactéries qui ne devraient jamais se trouver dans le système respiratoire des pigeons), de bactéries « potentiellement pathogènes », qui sont, elles, des bactéries qui peuvent se trouver dans une gorge de pigeons, mais qui deviennent pathogènes si elles se retrouvent en trop grandes quantités. On trouve également dans les narines ou les gorges des pigeons des bactéries qui ne sont, par contre, elles pas du tout pathogènes.

Le traitement contre les bactéries passe dans ce cas bien sûr par l’usage d’un antibiotique.

Mais là où on pourrait croire qu’en fait, la bactérie est donc presque la cause de problèmes respiratoires la plus simple à régler, on se rend compte qu’en pratique,  que ce n’est pas toujours le cas. En effet, avec l’utilisation massive depuis 20 ans d’antibiotique de façon excessive en colombophile, se sont développées à l’heure actuelle de plus en plus de bactéries multi-résistantes aux antibiotiques. Ceci commence d’ailleurs à poser un réel problème dans le cadre des traitements. On commence même depuis quelques années à retrouver des bactéries qui sont résistantes à tous les antibiotiques disponibles. Et dans ce cas, nous avons un problème. La bonne nouvelle c’est que ce cas de figure est encore rare, la mauvaise nouvelle, c’est que malheureusement si certains colombophiles ne changent pas leur fusil d’épaules et continue à administrer des mélanges de parfois jusqu’à 4 antibiotiques en même temps à leurs pigeons, ces cas vont continuer à augmenter.  Vous me direz, et bien au final tant pis pour eux, ils ont joué avec le feu ils se sont brulés. Mais malheureusement la réalité est plus compliquée que cela. En effet, ce sont les bactéries qui deviennent résistantes, et ces bactéries, une fois créées, peuvent contaminer TOUS les pigeons (dans les paniers par exemple), même  les pigeons d’un amateur qui n’aurait jamais donné d’antibiotiques de sa vie à ses pigeons. Vous l’aurez compris.  Ce problème de résistances nous concerne tous.

 

9) L’addition de plusieurs problèmes cités ci-dessus.

 

Bien sûr, si chaque problème frappait un à un, tout serait beaucoup plus simple. Mais en pratique, tout est plus compliqué. Il y a rarement un seul problème ou un seul coupable des problèmes respiratoires chez vos pigeons. Mais souvent une addition de plusieurs soucis. Et oui tout est toujours une cascade comme expliqué plus haut. Un mauvais environnement dans le pigeonnier va « prédisposer » c’est-à-dire augmenter le risque qu’un autre problème puisse réussir à percer. Une souche de pigeons à faible immunité va largement augmenter le risque d’attraper le moindre problème qui peut trainer dans un panier, la présence d’un petit virus respiratoire bénin va également prédisposer à une surinfection bactérienne.  Bref, vous avez compris l’idée. Si vous avez un pigeonnier où les conditions sont mauvaises, une souche de pigeons à immunité faible, des porteurs d’herpes virus et une surinfection à une bactérie très pathogène,  il y a une évidence : rien n’ira pendant les concours… car vous aurez des problèmes respiratoires… Mais si vous gérer le problème avec un antibiotique, vous règlerez la surinfection bactérienne… Vous verrez donc un mieux et peut-être une amélioration de vos résultats… Mais le fond du problème ne sera pas résolu. Et la chance que 3 semaines plus tard, l’amélioration des résultats soit déjà un souvenir et  que les problèmes soient déjà de retour, sera extrêmement forte.

 

 

Voilà. Vous en connaissez maintenant un peu plus sur les responsables des problèmes respiratoires de vos pigeons.  Dans la 3ème et dernière partie de cet article, j’essaierais de vous donner des conseils pratiques pour que maintenant que l’on connaît nos ennemis, on puisse les combattre efficacement et de façon durable.

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