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Les poquettes

Cette saison, en wallonie, nous avons eu droit à une épidémie très impressionnante de « poquettes ». Aucune province n’a été épargnée. On a l’habitude de dire (avec justesse) que très souvent c’est une maladie qui n’est pas grave. Néanmoins, quand cela arrive comme cette année en pleine saison de concours, c’est quand même assez embêtant.

Particularité de l’épidémie de cette année, c’est qu’elle a eu lieu principalement chez les vieux pigeons, fait plutôt inhabituel.

Alors 2 grandes questions. Qu’est ce que les poquettes ? Et pourquoi cette si grosse épidémie cette année ?

Alors, « poquettes » est un terme courant utilisé pour dénommer une des formes d’une maladie que l’on appelle également diphtérie, ou muguet.

Cette maladie est due à un virus. Un poxvirus plus précisément qui se transmet soit directement par contact avec un pigeon infecté, soit par l’intermédiaire d’une piqûre d’insecte qui propage le virus de pigeon en pigeon. La maladie est donc logiquement beaucoup plus fréquente en période estivale, vu les contacts plus nombreux entres pigeons, et l’augmentation du nombre d’insectes.

La période d’incubation de la maladie (période entre la contamination et les premiers symptômes visibles) est de 4 à 10 jours. Durant cette période, le pigeon peut parfois déjà être contagieux. Ceci explique pourquoi la maladie se transmet aussi facilement. Car beaucoup de pigeons se retrouvent enlogés, porteurs de la maladie, et contaminent (souvent à l’insu du colombophile) les autres pigeons présents dans le panier.

La maladie existe principalement sous 2 formes. Une forme appelée « diphtéroïde » (voir photo ajoutée aux photo de ce site), qui touche les muqueuses de la bouche, du pharynx, de l’œsophage ou de la trachée, l’autre appelée épidermoïde qui touche principalement les régions de la peau non emplumées et plus particulièrement sur la tête (paupières, commissure du bec, caroncules,…). Parfois les 2 formes peuvent être présentes en même temps.

Lorsque la maladie touche un pigeonnier, en moyenne, 90% des pigeons sont touchés par la maladie. On dit donc qu’elle a une très forte « morbidité » Elle est néanmoins rarement mortelle, elle a donc, à l’inverse, une très faible « mortalité ». L’exception étant lorsque les lésions sont telles que le pigeon ne sait plus manger ou respirer. L’évolution classique de la maladie est la chute des « poquettes » et la maladie passe en environ 3 à 4 semaines.

Il n’existe aucun traitement efficace contre les poquettes. Les personnes qui vous conseilleront un médicament contre les poquettes sont donc soit au mieux des ignorants , soit au pire des malhonnêtes. Certains traitements humains pourraient aider le pigeon à guérir un peu plus rapidement, mais le mode de distribution ainsi que le prix seraient disproportionnés par rapport au fait que cette maladie n’est au final plus embêtante qu’elle n’est dangereuse. Une fois la maladie déclarée, seules 2 choses peuvent être conseillées. Eventuellement badigeonner les poquettes avec de la teinture d’iode, qui a pour but théorique de les faire sécher. (qui ne guéris pas le pigeons plus rapidement pour autant, mais qui peut aider si le pigeon a du mal à se nourrir par exemple) Ensuite, d’essayer d’augmenter la propre immunité du pigeon, avec des vitamines, et principalement les vitamines A et C, qui aident la propre immunité du pigeon à lutter contre la maladie.

Le meilleur moyen pour lutter contre la maladie reste de la prévenir en vaccinant les pigeons en début de saison. Il existe plusieurs vaccins disponibles, soit en combiné avec la paramyxovirose (vaccin en rupture de stock depuis février cette année), soit seul. Le mode de vaccination peut aussi varier, de l’injection sous-cutanée à l’application avec une petite brosse sur la patte par exemple.

Attention, pour que l’efficacité du vaccin soit optimale et que la protection soit totale, il est nécessaire que le pigeon vacciné soit en parfaite santé. Ce qui contrairement à ce que l’on pourrait penser est très difficile à obtenir chez tout les pigeons d’un même pigeonnier au même moment, spécialement chez les pigeonneaux, qui sont souvent porteurs, en plus des pathologies que l’on connaît (tricho, coccidiose, etc.) de petit virus comme l’herpesvirus ou le circovirus, et qui empêchent donc le bon fonctionnement du vaccin. C’est la raison principale pour laquelle lors d’épidémie de poquettes, les colombophiles ayant vaccinés leurs pigeons, ont l’habitude de voir un ou quelques pigeons développer une petite poquette ou l’autre, malgré la vaccination) Il est donc important de s’assurer au maximum que la colonie est en bonne santé au moment de la vaccination

La maladie étant présentée, il est temps de se poser la question de pourquoi cette si grosse épidémie s’est produite cette année, et surtout, fait plutôt inhabituel, pourquoi chez les vieux pigeons et les pigeons d’un an ?

Je pense que les réponses à cette question sont multiples. En fait un concours de plusieurs circonstances a permis cette grosse épidémie. En voici quelques unes :

- Nous étions très peu de vétérinaires à posséder le vaccin habituel (paramyxovirose + poquette) cette année en Belgique (je ne préfère pas citer de marque), mais vous aurez bien compris duquel il s’agit. En effet, devant la rareté devenue habituelle de ce vaccin, seuls les vétérinaires ayant une grande quantité de clients colombophiles « ont pu vacciner » les pigeons avec ce vaccin. En effet, les vaccins sont arrivés au compte-gouttes en Belgique, et avec des dates de péremption très courte (impossible de stocker) il fallait être très attentif aux disponibilités pour pouvoir les commander au bon moment. J’ai dû, de mon côté, téléphoner à chacun de mes clients pour savoir s’ils désiraient que leurs pigeons soient vaccinés avec ce vaccin là. Pour pouvoir commander les doses nécéssaires. Mais grâce à ce travail, tous mes clients qui le souhaitaient ont vu leur vieux pigeons vaccinés contre les poquettes avec ce vaccin. Ils se sont pour la plupart félicité de l'avoir fait vu l'épidémie qui a suivi.

- Toujours en ce qui concerne ce même vaccin, il était importé par le système de la cascade des médicaments en provenance du Royaume-Uni, avec pour conséquence un prix encore plus élevé que d’habitude, car plus d’intermédiaires.

- Une (fausse) idée reçue court ces temps ci, comme quoi un pigeon vacciné une fois dans sa vie serait protégé toute sa vie. Ce qui entraine certains colombophiles à ne faire vacciner que leurs jeunes contre les poquettes. Alors que les études montre que la protection totale d’un vaccin contre les piquettes dure en moyenne 9 mois. Après ces 9 mois, la protection commence à diminuer.

- L’autre vaccin disponible protégeant contre les poquettes (venant aussi de l’étranger) a été durant un petit moment également en rupture de stock ce printemps. Ce qui n’a pas aidé certains vétérinaires à répondre positivement à la demande de vaccination de leurs clients.

- Certain locaux colombophiles, en manque cruel de nombres de pigeons enlogés ont peut-être été moins rigoureux que d’habitude à laisser enloger des pigeons atteints de poquettes, et donc par le fait même ont favorisé la propagation de la maladie.

Bref, toutes ces raisons arrivent à la même conclusion qui est que cette année, un plus grand pourcentage de pigeons enlogés n’étaient pas vaccinés, ce qui entraine tout simplement l’augmentation, tout d’abord du risque d’apparition de la maladie, et ensuite, le nombre de pigeons non protégés, (donc potentiels vecteurs de la maladie), aident à favoriser la dissémination et la propagation du virus.

Bien sûr, comme écris plus tôt, ce virus n’est pas très grave en général. Mais pour beaucoup il a posé problème. Notamment pour certains joueurs de fond qui n’ont pas pu jouer certains de leurs objectifs pour lesquels ils avaient passé beaucoup de temps à préparer leur pigeon. Et qu’ils n’ont finalement pas pu jouer juste à cause des poquettes.

La saison n’étant déjà pas très longue, si vous devez ne pas jouer pendant plusieurs semaines à cause de ce virus, il ne reste vraiment plus beaucoup de concours.

Une des conséquence indirecte de cette maladie a d’ailleurs été que beaucoup d’amateurs ont arrêté de jouer leurs vieux plus tôt que d’habitude après avoir été touchés par l’épidémie, et donc certains concours ont vu leur contingent diminuer fortement par rapport aux années précédentes.

Voilà, j’espère que ce petit article vous a aidé à en connaître un peu plus sur cette maladie, et que vous serez maintenant un peu mieux informés pour faire votre propre choix entre vacciner ou non vos pigeons pour la saisons prochaine.

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